Littérature rabbinique – Choutim

 

Les responsa

Réponses rabbiniques

(ché-élot outechouvot,  שאלות ותשובות = שו"ת)

Les ché-élot ou téchouvot (« Questions et réponses », d’où leur nom latin de « Responsa ») sont les réponses rabbiniques aux questions posées par les fidèles.  Des lettres de réponses et des compilations de réponses rabbiniques apparaissent à partir de la période post-talmudique. 

Présentons ce type de production rabbinique: en quoi les réponses et les décisions étaient-elles nécessaires? Dans une certaine mesure, la halakha a évolué en s'adaptant aux conditions d'existence et aux nécessités locales: d'ailleurs, « le droit rabbinique présente des particularités qui ne sont pas que des nuances, selon les pays, et dans un même pays selon les communautés » [1]. Aussi, le responsum et la takana fournissent la jurisprudence. Si le Talmud est la source première des décisions des auteurs de téchouvot , aucun des décisionnaires (auteurs de halakha psukua) « même parmi les plus illustres, ne s'est jamais arrogé l'autorité absolue en matière de doctrine. Le judaïsme a de tout temps manifesté une certaine réserve à l'égard de l'oeuvre d'un seul homme, quelle que fût l'influence qu'il exerça sur sa génération » [2].

La tradition juive est tout le contraire d'un dogmatisme: les rabbins ont la possibilité théorique, de se référer au Talmud lui-même, par dessus les codes et autres compilations juridiques les plus répandus. De surcroît, la structure même de la Torah (absence de voyelles sous les consonnes, règles de l’exégèse talmudique) rend possible des interprétations et déductions nouvelles par des autorités religieuses confirmées respectant et pratiquant scrupuleusement la tradition.

 

La langue dite "rabbinique" (leshon hakamim) est utilisée en principe dans les écrits juridiques. Cette langue était "l'apanage d'une élite d'initiés" et ses caractéristiques varient d'un auteur à l'autre. C'est à la suite de la parution du Shulhan 'aruh de Caro, que la vogue des "responsa" conduisit à la multiplication de ce type de recueils: "chaque rabbin et chaque juge de tribunal se faisant un devoir sacré d'en léguer" une composition (un ’hibour)  à la postérité" [3]. Ces écrits intéressent les historiens depuis les années 1970 où ils fournissent « des sources susceptibles de nous éclairer sur la vie des communautés juives »[4] du monde entier.

 

La structure d'un responsum [5] standard est la suivante: « l'énoncé des faits est généralement exposé dans la question habituellement imprimée avec le responsum. Celui-ci commence par une appréciation préliminaire de l'affaire en cause et l'indication de ce que serait, à première vue, la décisiion telle qu'elle résulte de l'examen d'un code ou d'un autre. Suit le débat consécutif à la confrontation des opinions, parfois contradictoires, des divers codes, sur cette affaire précise ou sur une affaire similaire, ce qui oblige l'autorité consultante (l'auteur du responsum) à remonter aux sources talmudiques dont relèvent les décisions des divers codes. Cela donne lieu à une analyse serrée des différents passages du Talmud susceptibles de fournir un principe juridique précis que l'auteur soumet à de multiples tests, à de nouvelles comparaison avec les codes, avant de conclure... Parfois aussi, se trouvant en face d'un problème nouveau que le code n'a pas prévu ou qu'il n'a pas suffisamment élucidé, l'auteur recherche dans la matière halakhique à sa disposition tout ce qui, de près ou de loin, a un rapport avec la question qui lui est posée, et, procédant par analogie... tranche, compte tenu des circonstances, se mettant à l'abri de la sentence bien connue: 'Il y a soixante-dix manières d'interpréter la Torah » [6]. La décision pouvait faire jurisprudence pour la solution de cas comparables. Ce sont généralement les accidents de la transmission des manuscrits qui sont responsables du choix des responsa publiés. Il en est également résulté « que nombre de responsa sont restés inédits » [7].

S’agissant de ce type de littérature rabbinique au Maroc, il a été remarqué : qu’il est  difficile, voire impossible « d'accéder à l'ensemble de cette littérature dont une partie seulement est parvenue jusqu'à nous » [8], et ce malgré les efforts des autorités rabbiniques marocaines [9].

Aujourd’hui, un gros travail a été entrepris par le Projet Bar Illan (Responsa Project) qui a  numérisé plus de 90,000 ouvrages).

 

Responsa  (שאלות ותשובות = שו"ת) - Quelques titres  classés par ordre chronologique

Kayyara, R’ Simeon (שמעון קיירא) rav de Bayblone dit Ba’al halakhot guedolot [10]Chou’’t Bahag; Halakot Gedolot ou  "Halakot Rishonot" 

9 e  siècle

R’ Isaac AlfasiShe'elot u-Teshubot ha-RIF (Livoune 1780).

11e siècle

R’ Ya’akob TamSefer ha-Yashar

12e siècle

R’ Meir de Rothenburg  (Maharam)

 

- She'elot u-Teshubot (315 réponses, Cremone, 1557)  

- She'elot u-Teshubot (1,022 réponses, Prague, 1608)

- Autres réponses inédites (Lemberg,  1860)

- Sefer Sha'are Teshubot Maharam (éd. Moses Bloch, Berlin, 1891)

13e siècle

Mordekhaï ben Hillel Hakohen (v. 1250–1298), dit le Mordekhaï. Rabbin achkénaze élève de R’ Meir de Rothenburg et des derniers tossafistes, est mort en martyr sous l’épée des croisés  Le Mordekhai a été une des sources du Choul’han ‘aroukh.

13e siècle

Ben Adret,  R’ Chlomo bar Abraham Rashba בן אדרת, שלמה ב"ר אברהם רשב"א (1235–1310 Barcelone)שאלות ותשובות , 628 p., imprimé en 1610  [11]

13e siècle

R’ Israël ben ‘Haïm Bruna  (Brno en Moravie 1400–1480) ou Mahari BrunaTeshuvot Mahari Bruna,

C’est une source  utilisée par R’ Moses Isserles dans  HaMapah (son commentaire du Choul’han ‘Aroukh).

15e s.

R’ Moses IsserlesTerumat ha-Deshen

15e s.

Kolon, R’ Yossef ben Chélomo Trabotto (ou Colon), dit: Maharik (1420-1480 Chambéry) Un des derniers Richonim (Italie). Maître de R’ O. de Barténora.Chou’’t Maharik;

Shut u'Piskei Maharik HaHadashim

15e s.

R’ David ben Solomon ibn Zimra  בן זמרא, דוד ב"ר שלמה dit Radbaz (רדב"ז)  (1479 - 1573). Un des premiers parmi les A’haronim du 15e et 16ème s.     שאלות ותשובות הרדב"ז , 208 p., Livourne, 1652 [12]. -

Auteur de plus de 3000 réponses.

16e s.

Halakot Pesukot min ha-Geonim, Constantinople  

1516

Le RoSH     

She'elot u-Teshubot (Constantinople, 1517 ; Venise 1607 édition augmentée ;

1517

Gerondi haRan, R’ Nissim ben Reouben  סים בן ראובן גירונדי הר"ןשאלות ותשובות, Rome, 202 p.

1545

Bar Chechet, R’ Yits’hak (Espagne 1326-1408 Alger)Téchouvot haRav.

Cet ouvrage du Ribach fut imprimé à Constantinople

1547

Bar Chechet, R’ Yits’hak (Espagne 1326-1408 Alger) dit le Ribach

 

Téchouvot haRav. Contient 518 réponses. Il fut imprimé à Constantinople

1546-47

R’ Moses Alashkar (Rabbin ayant vécu en Egypte puis à Jérusalem au 15e et 16e s.She'elot u-Teshubot (121 réponses ; imprimées à en Lombardie (près de Mantoue)

  1554

She'elot u-Teshubot me ha-Geonim, Constantinople  

1575

R’ Aaron Aben Haïm (Fès 1545–1632)

ses responsa ont été publiées dans Mordecai ha-Levi, Darke No‘am (Venise, 1697)

 16-17e s.

Menahem Azariah da Fano  ou Immanuel da Fano ; ou Rema MiPano  (1548-1620) Ses responsa furent éditées en 1788

16-17 s.

Gavison, R’ Méïr. Grand rabbin du Caire originaire d’Algérie (1540-1620)Techouvot Rabbi Meir Gavison,  Jérusalem, 1985

16-17e s.

R’ Yossef (di) Trani ou R’ Yosef Mitrani (Safed 1538–1639 Turquie) appelé: Mahrimat (מהרימ"ט) ou Maharit (מהרי"ט).She'elot u-Teshubot

Ouvrage en plusieurs partie (Constantinople, 1641; Venise, 1645)

16-17e s.

R’ Hayyim ben Ya’akob Alfandari (1588 – 1640) Maggid me-Reshit, (Constantinople, 1710). Contient aussi des responsa de ses fils  Yits’hak Raphael et Ya’akob  

16-17e s.

R’ Ya’akov ben Aharon Sasportas (Oran 1610 –1698). Grand rabbin de Tlemcen puis d’Amsterdam.Ohel Ya’akov  (Amsterdam, 1737)

17e s.

R’ Ya’akob ben Hayyim Alfandari (1620 – 1695)Mouẓẓal me-Esh (avec son neveu R’ Hayyim le jeune)

Autres responsa parus dans le livre de son père et celui de Yossef Kazabi (Constantinople, 1736)

17e s.

R’ Hayyim ben Jacob Alfandari (1588 – 1640)  

 

Maggid me-Reshit (Constantinople, 1710).

17e s.

R’ Menahem Mendel ben Abraham Krochmal (Cracovie v. 1600-1661)  Elève de R’ Yoel Sirkes (auteur de  Bayit ‘hadach)Responsa dans Emounat Shemu'el de R’ Aaron Samuel ben Israel Kaidanover  (imprimé à Frankfort)

1683

R’ Aaron Samuel ben Israel Kaidanover (Vilna 1614 - 1676)Emounat Shemu'el (Frankfort-on-the-Main). 60 réponses sur des cas de mariages

1683

R’ Chemouel ben Avraham Aboab (1610 –1694)Debar Shemu'el (Imprimé en 1702)

17e s.

R’ Yair ‘Hayim Bacharach (1639-1702). A vécu à Coblence, Worms et Metz (son père et son grand-père ont été rabbins de Metz) Havvot Yair ("Villages de Yair") collection de réponses

17e s.

Abensour, R’ Ya’akov  ben Réouben יעקב ברבי ראובן אבן צור (dit יעב"ץ YA'BE"Ts) -  Maroc. 1673-1753.משפט וצדקה ביעקב  Michpat vétsédaka béya’akov

Deux volumes 

18e  s.

Rachbats 

 

Tachbets

Impr. R’ Meir ben Natanel Crescas

1738-1739. 1741

Séror, R’ Raphaël Yédidia Chlomo ben Yéchoua’ (1681-1738) Pri tsadik, responsa et commentaires, Livourne

1748

R’ Ya’akov Emden. Dit  le Ya'avetz (1697-1776),She'elot Ya'abetz, Lemberg

1884

Toubiana, R’ Avraham ben Chalom (-1792). Dayan à Alger, éditeur des responsa des sages de cette ville.Maguen Avot, Livourne

1763

Toubiana, R’ A. b. Ch. (-1792)Zéra’ Rav, Livourne

1782

Toubiana, R’ A. b. Ch. (-1792)Yakhin oubo’az, Livourne

1782

Toubiana, R’ A. b. Ch. (-1792)‘Ets ha’haïm, Livourne

1783

R’ Nissim ben HayyimShaare Tzedek , Salonique

Une collection de 533 réponses classées selon leurs sujets.  

1792

Borenstein de Sochachov (ou So’hochov), R' Avraham (1839-1910)Avnei Nézer - cité dans Chem michemouel

19e -20e s.

Berlin, R’ Naftali Tsévi Yéhouda, (dit Nétsiv) (Mir  1817-1893)

 Mèchiv Davar - Deux volumes de responsa

1800- 19e s.

Aben Walid, R’ Yits’hak ben Chem Tov  יצחק בן שם-טוב אבן וואליד   (19e s., Tétouan)Chéélot outchouvot, Vayomer yits’hak, Livourne  ליוורנו, (תרלו / 5636 -1886) [13] 

19e s.

Elbaz, R’ Raphaël Mochè ר' רפאל משה אלבאז  (Séfrou 1823 - 1896)Halakha le-Moché (responsa)

19e s.

Darmon, R’ Mass’oud ben YéhoudaGour Aryeh, Livourne (les responsa du rav sont inclus dans cet ouvrage)

1845

Pardo, R’ Moché RaphaelSefer chémo Moché. Chou’’t, Izmir [14]

1874

Aba Chaoul R’ Tsion (Jérusalem 1924-1998)  Ohr Letsion Téchouvot, Jérusalem (édition 1995), 2 volumes 

20e s.

Feinstein, R’ Moche— (1895-1986)Igrot Moche

20e s.

Ben Oualid, R’ Yossef ben Yits’hak

Fils du dayan décisionnaire de Tétouan

Chémo yossef, Jérusalem.

1907

Cohen Scali, R’ David ben Moché (Debdou 1861-1949)

Dayan en 1910 puis Ab beth din à Oran en 1923) - Il  vécut à Tlemcen, Algérie

Qiriat ‘Hana David, Jérusalem

1935

Cohen Scali, R’ David ben Moché (Debdou 1861-1949)Lekha David, Jérusalem

1936

Cohen Scali, R’ David ben Moché (Debdou 1861-1949)Kéren léDavid, Meknès

1946

Cohen, R’ Mass’oud ben Eliahou

Casablanca. Rabbin de ‘Ain Témouchent, Algérie (Maroc 1893-1950 Oran)

Pir’hé Kéhouna, Casablanca

1948

Messas, Rav Chalom  [15] 

Mizra'h Chéméche. 

1962

Messas, Rav Chalom  (Président des tribunaux rabbiniques de Jérusalem)   Tévouote Chémeche 4 tomes.

1979

Messas, Rav Chalom  Chéméche oumaghen

tomes 1 à 3.

1986

Ben Khalifa, R’ David ben Makhlouf 

Grand rabbin de Ain Témouchent (Algérie), puis rabbin de Massy (France) de 1963 à 1980

Darkheï David, Jérusalem.

1980

Elmalia’h, R’ Yits’hak ben Chlomo

R’ près de Tlemcen, dayan à Paris

Sia’h Yits’hak, Jérusalem -

1981

R’ Yéhouda Ayache (né v. 1700 à Médéa, Grand Rabbin et Ab Beth Din d’Alger).Beth Yéhouda (et Lois et coutumes d’Alger)

1ère moitié du 18e s.

Wosner, R’ Chlomo HaléviChou’’t Chévet halévi

20e s.

Yossef, R’ ObadiaYé’havé da’at 

20e s.

Yossef, R’ Obadia‘Hazon ‘Ovadia

20e s.

Yossef, R’ Obadia [16]Yabia’ om’er

20e s.

Zermati, R’ ZechariaTorat Emet
Mieux prendre en compte les Chout encore inédits des Richonim et des premiers A’haronim

Un très grand nombre d’ouvrages rabbiniques sont toujours inédits [17], attendant traduction et prise en compte par la jurisprudence contemporaine.

L’importance de ces gisements de décisions halakhiques est grande, notamment dans la nécessaire adaptation au monde actuel conforme à la halakha. R’ Makhlouf ‘Hazan zal enseignait qu’en cas de controverse halakhique post choul’hane ‘aroukh,  le choix de la pratique doit te ramener à nos Richonim. Applique ce principe « et tu seras toujours quitte envers D.ieu et les hommes » [18].

 


[1] H. Zafrani, op. cit., 1972, p. 13.

[2] H. Zafrani, op. cit., 1972, p. 11.

[3] H. Zafrani, op. cit., 1972, p. 17

[4] L’auteur écrit cela à propos des communautés d'Afrique du Nord S. Schwazfuchs, in Abitbol, op. cit., 1982, pp. 39-53

[5] Mot latin. Singulier de responsa = réponse.

[6] H. Zafrani, op. cit., 1972, pp. 78-79, note 130.

[7] Y compris de rabbins dont existe déjà un recueil imprimé: par exemple, seulement 30% des responsa du rabbin Jacob Aben Sur sont imprimés (S. Schwazfuchs, in Abitbol, op. cit., 1982, p.41)

[8] H. Zafrani, op. cit., 1972, p. 26.

[10] Il semble s’être appuyé sur les She'eltot de  R’ Aḥa de Shabḥa et les Halakot Pesuḳot de R’ Yehudai Gaon  (selon Jewish Encyclopedia).

[15] Voir aussi: R’ Z. Zermati (5768), hod yossef ‘hay. Otsar haR’ Yossef Messas. Torat Emet, Jérusalem.

[16] Voir : R’ Yéhouda Naki, Chou”t Ma’yane Omer. Chi’our halakha. Cette série de 11 livres d’un proche de R’ Obadia Yossef présente des questions posées au Rav au fil des années, avec réponses et développements halakhiques.

[17] On estime à 2500 au moins le nombre d’ouvrages écrits  par les rabbins nord-africains, dont il subsiste 700 imprimés et quelque 1000 manuscrits (selon Hayim Bentov cit. A.E. Elbaz, 2007, p. 135).  Voir par exemple les décisions juridiques de R’ Yéhouda Ayache זצוק"ל, de R’ Yossef Messas  , de R’ Baroukh Tolédano  , etc.

[18] Témoignage de R’ A. Hazan, préfacier du livre de R’ Eliahou Marciano (2002), Les Sages d’Algérie. Dictionnaire encyclopédique des sages et rabbins d’Algérie, du haut moyen-âge à nos jours. Adaptation J. Assouline, Institut Méditerranéen Mémoire et Archive du Judaïsme (IMMAJ), 325 p. Marseille, pp. 9-22 (voir p. 15). 

(c) Hillel Bakis

page modifiée. Septembre 2013.

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