07- Interview 2000

 

 

Rendez-vous avec Hillel Henry Bakis

Propos recueillis par Stéphane Szlos-Godin. ​

Actualité juive n° 659, 8 juin 2000, p. 5.

« Quand on écrit ou dit la terre, on pense naturellement à Eretz Israël »

D'une famille bônoise et constantinoise, transplanté d'Algérie en 1962, Hillel Henry Bakis, directeur du Doctorat « Mutations spatiales et sociales » à Montpellier, a scrupuleusement consigné dans des carnets des récits et mythes judéo-maghrébins issus de la tradition orale de ses aïeux. L'auteur met ses compétences professionnelles entre parenthèses, pour restituer des ambiances conviviales et ferventes.

Actualité Juive : Comment avez-vous commencé à mettre par écrit les contes qui ont bercé votre enfance ? Pourquoi ce désir, alors que vous êtes un spécialiste de géographie, de nouvelles technologies, et que vous dirigez la revue Netcom ?

Hillel Henry Bakis : Enfant, j'ai collectionné les histoires de mon grand-père maternel sur des carnets. En 1990, j’ai publié pour la première fois, à compte d’auteur, un petit ouvrage sur des contes juifs. Cela m’a donné envie de m’intéresser à un large corpus de contes tunisiens, algériens, marocains et même libyens. Cet intérêt est tout naturellement enraciné dans la foi ancienne, permanente de mon environnement familial. Le judaïsme maghrébin considère comme des évidences tranquilles et naturelles, tant la cacheroute que le shabbat et la présence aux offices dans les synagogues. La meilleure manière de vivre mon judaïsme passe par la pratique.

Actualité Juive quels types de partenariats, entretenez-vous avec des chercheurs-spécialistes de
ces sujets ?

H.H.B : Je me nourris de leur réflexion et de leurs apports à la mise en relief de ces éléments du patrimoine judéo-maghrebin.

A.J. : Envisagez-vous de flaire de ces sujets de futurs objets de recherches ?

H.H.B : Il n’y a pas de contradictions entre les deux univers de recherches : sur certains aspects, il y a même convergence. Par exemple, il faut comprendre les nouveaux réseaux de la communication culturelle à l'heure de la mondialisation. Par ailleurs, il y a cette activité fondamentale d’écoute et de collection des histoires traditionnelles que j'ai pu entendre.

A.J. : Dans l’imaginaire judéo-maghrébin des mythes et histoires que vous avez réécris, qu’est-ce qui vous paraît le plus significatif ?

H.H.B : Dans les deux livres, dans le recueil de contes, Le Fil du Temps, et dans le roman Le Messie est en retard, les dernières pages évoquent Israël et Jérusalem. Dans l’imaginaire juif maghrébin, quand on écrit ou dit la Terre, on pense naturellement à Erets Israël, à la Terre d’Israël. Il y a un fil, comme une sorte de branchement avec cette époque originelle du don de la Torah à Moïse sur le Sinaï. La fonction de toute littérature juive, calée sur les traditions, s'inscrit dans la transmission du don de la Loi.

A.J. : Quel est votre but en écrivant ?

H.H.B Distraire et faire réfléchir, et enseigner agréablement.

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